Trou du Boeuf

Dernière modification : 2/01/97



Commune : Saint Benoît

Département : Alpes-de-Haute-Provence (04)

Inventaire : 04.BEN.002



Contenu :



Coordonnées
X= 952.600 Y= 194.000 Z= 590 (3)

Autres coordonnées :

X= 952.600 Y= 194.000 Z= 587 (2)


Développement
20


Situation - accès
(3)

Le trou du Boeuf se situe dans la paroi Nord du torrent de la Lare, 150 m en amont du confluent avec le ruisseau de Cougille. C'est la seule cavité du ravin dans son cours Est-Ouest. Celui-ci change en effet de direction entre les cotes 600 et 610. (2)


Description
(3)

L'entrée a 3 m de large sur 1,50 m de haut. Dès l'entrée, un bloc écroulé du plafond divise la galerie en deux.
Derrière s'étend une galerie orientée légèrement N N E qui suit un plan de strates. Elle est érodée (cupules tourbillonnaires visibles sur les parois et le plafond).
Le sol est recouvert de graviers peu roulés. Au bout de 20 m de galerie, il y a :
- soit un bouchon de graviers, avec ou sans eau,
- soit un lac profond,
- soit un gouffre, dont la profondeur, estimée par M. Gebelin, est de l'ordre de 20 m. C'est un puits circulaire d'où jaillit l'eau à certaines périodes. (2)


Géologie
La cavité est creusée dans du calcaire gréseux, à petites nummulites. Il n'y a pas de gaz carbonique, ni aucun autre gaz toxique. La faune est pauvre ; seuls, quelques cavernophiles ont leur habitat dans la grotte.

Les dépóts alluviaux
Le trou du Boeuf est comblé périodiquement par des alluvions de faible émoussé qui se concentrent dans le gouffre terminal. Ces dépóts forment un bouchon perméable qui est rejeté à l'extérieur lorsque la cavité atteint son deuxième stade.

Observations effectuées le 18.8.1954
Le dernier type de fonctionnement de la cavité a été celui d'embut. Les alluvions se sont déposées par ordre de grandeur décroissante. Elles contiennent, outre de nombreux débris végétaux dont un tronc de conifère, une plaque stalagmitique.
A l'entrée, un talus de cailloutis barre le ravin ; il a dirigé les eaux vers l'intérieur de la grotte. Sur l'emplacement du gouffre, le sable grossier, recreusé, laissait apparaître une faible nappe d'eau. La température du sable était de 15š C à 13 h, pour une température extérieure de 20š C.
La stalagmite est une plaque de faible épaisseur (1 à 2 cm) dont la surface est modelée en micro-gours. C'est donc un dépót établi sur une paroi verticale ou une pente fortement inclinée, dépót qui n'a pu s'effectuer qu'à l'air libre sous l'action d'un certain type d'écoulement.

Observations du 10 juillet 1955
Un dépót de limon recouvre le rocher qui sépare la galerie en deux. L'eau de stillation qui s'écoule du plafond a creusé des trous de faible diamètre qui atteignent le sol sous-jacent. Un léger sifflement se produit.
Sur la couche 7, on observe des vagues pétrifiées formées par l'action du dernier courant fluvioendogène sur le limon vaseux. Un amas d'écume occupe une grande partie de la galerie. (2)


Hydrologie - climatologie
(3)

Le torrent de la Lare coule à la limite marno-calcaire du Rocher. Il est à sec tout l'été, mais pendant les pluies d'automne, il peut avoir un débit considérable. L'eau se jette alors dans le trou du Boeuf d'un niveau légèrement inférieur, sauf si ce dernier sert d'évent.

Phénomènes hydrologiques
Intéressant phénomène hydrogéologique, le trou du Boeuf est une cavité qui, pendant une année, subit diverses transformations faisant de lui, suivant les moments, un gouffre absorbant, une exsurgence, une grotte et un gouffre inexploré.

Je vais décrire les particularités de ce gouffre, qui m'ont été communiquées par M. Gebelin, qui les a observées pendant 40 ans, et celles que j'ai recueillies au cours des explorations souterraines effectuées à Saint-Benoît.
Nous devons distinguer : les stades d'évolution de la cavité, les phénomènes intermédiaires et les observations et notes.

Stades d'évolution
Premier stade
L'été, le trou du Boeuf est une petite grotte dont la galerie rectiligne est terminée par un cul de sac. Des feuilles et des branches d'arbres sont mêlées aux graviers.

Deuxième stade
L'eau sort de la cavité. La soudaineté et la violence du jaillissement compriment et chassent l'air avec force, en produisant le phénomène du "coup de canon". Le trou du Boeuf rejette environ 1 m 3 par seconde d'eau boueuse, chargée d'une grande quantité de débris végétaux.
L'écoulement se poursuit pendant une quinzaine de jours sans varier de débit. Puis l'eau s'éclaircit.

Troisième stade
Le volume de l'eau décroît peu à peu et son niveau s'abaisse progressivement dans le gouffre qui occupe le fond de la galerie. La profondeur atteinte est fonction des conditions climatiques externes.

Quatrième stade
1š) Le torrent de la Lare, au lieu de suivre son tours normal; se jette dans le trou du Boeuf, et ses eaux chargées d'alluvions grossières comblent peu à peu le gouffre d'un bouchon de graviers, impénétrable, qui sera expulsé à la prochaine sortie de l'eau.
2š) Le gouffre peut servir d'embut, même s'il est bouché par des alluvions antérieures. Les eaux s'infiltrent alors à travers les graviers. Leurs alluvions contribuent colmater la cavité. Aux phénomènes généraux s'associent des phénomènes intermédiaires.

Phénomènes intermédiaires
A - Le trou du Boeuf sert de perte par infiltration lorsqu'il est bouché par les graviers. A ce stade, il faut distinguer deux cas :
- toutes les eaux s'infiltrent, il ne reste que du gravier
- un niveau hydrostatique occupe le fond de la galerie qui, un peu recreusée, laisse parfois apparaître l'eau. Ce niveau tend, en période de sécheresse, à s'abaisser.

B - La sortie de l'eau ne dure que quelques jours, voire quelques heures. Les eaux peuvent ne pas être boueuses et ne contenir que des débris végétaux.

C - Le gouffre peut servir d'embut et d'exsurgence dans la même journée. S'il pleut et si le trou du Boeuf sert de gouffre absorbant, alors qu'un siphon est au point critique, l'eau venue directement du torrent provoque son amorçage : l'eau jaillit à l'extérieur.

Observations et Notes
31 Décembre 1952
Les eaux boueuses du torrent de la Lare se jettent dans le trou du Boeuf

Septembre 1953
Les 22, 23, 24, le gouffre est à son premier stade. D'énormes précipitations ont lieu le 24 ; pendant la nuit, le gouffre sert d'embut.
Le matin du 25, l'eau qui sort de la cavité est vert foncé et chargée de débris végétaux divers. L'eau s'éclaircit pendant la journée. Le débit est régulier. Le courant fluvioendogène n'est pas violent, car l'eau est refoulée par celle du torrent de la Lare.
Le 26, l'eau ne sort plus du trou du Boeuf. Elle va s'abaisser progressivement dans le gouffre. Toute la galerie est noyée.
J'ai appris que la cavité avait eu l'évolution suivante, après mon départ :
- De nouvelles pluies s'étant abattues sur la région, le trou du Boeuf s'est remis à couler, puis s'et arrêté.
- Sous l'effet des précipitations de fin novembre et du début de décembre, l'eau a jailli du gouffre.

Le 3 janvier 1954
J'ai trouvé le gouffre comblé de graviers. (2)

Bibliographie
(1) [1958], Siffre M., "La région de Saint Benoît et ses cavernes", Spéléologie nš 16.
(2) [1977], Siffre M., Morphologie souterraine et hydrogéologie du massif calcaire de La Lare, Saint Benoît (Alpes de Haute Provence), Mémoires du Spéléo-Club de Paris nš 5, Spéléo Club de Paris, Club Alpin Français, pp. 31-38.
(3) [1987], Créac'h Y., Inventaire Spéléologique des Alpes-Maritimes, t. IV, pp. 953.






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